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Stelletsky L'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris en 1926

23 juillet 2012 | Stelletsky L'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris en 1926

Réunis autour du Métropolite Euloge devant l'église Saint Serge de la rue de Crimée à Paris, le père Serge Boulgakov, Léon Zander, Jean Lagovsky et tant d'autres prêtres et laics. Derrière eux, l'on distingue la première esquisse dessinée au fusain par Dimitri Stelletsky qui décora l'église (extérieur et intérieur) en deux ans seulement entre 1926 et 1927.

 

St Serge 003.JPG

"Le 30 janvier 1947 selon l'ancien style s'éteignait à la Maison de retraite russe de Sainte-Geneviève des Bois le peintre russe Dimitri Semionovitch Stelletski âgé de 73 ans ,après une brève maladie . Il est mort entouré des soins et de l'amour de ses voisins et amis de la maison de retraite qui s'étaient réunis pour soulager ses souffrances. Une angine de poitrine l'a terrassé mais depuis quelques années il était devenu presque aveugle et c'était pour lui une grande souffrance. Tous les pensionnaires de la maison, les étudiants et la paroissiens de Saint-Serge l'accompagnèrent lors de ses funérailles célébrées par le père Basile Zenkovsky. Le choeur de Saint Serge chantait l'office des funérailles. Des couronnes de lauriers furent déposées par l'Institut et la paroisse : "Mémoire reconnaissante" et "A l'illustre artiste".

Le quarantième jour après sa mort, l'Institut de théologie, l'association l'Icône et la Société de sauvegarde des valeurs culturelles russes organiseront, rue de Crimée, une soirée solonnelle en sa mémoire. A cette occasion seront soulignés les multiples facettes de son art et l'apport irremplaçable de D.Stelletsky à l'art russe. Il est difficile d'appréhender l'héritage artistique de D.S, les spécialistes le font et le feront encore dans le futur. Mais mon propos n'est pas là. J'aimerais dire avant tout que Dimitri était un artiste profondément russe et orhodoxe. Son talent, il le mettait au service de l'Eglise orthodoxe. En Russie il avait en son temps entièrement décoré l'intérieur d'une église construite à Borodino à l'occasion du centenaire de la célèbre bataille. Ici, hors de Russie,  il a créé sous nos yeux l'oeuvre de sa vie. Mis à part des icônes et des iconostases mobiles créés pour les églises de toiles des camps de jeunesse russes, il s'est construit ici un mémorial inoubliable ; l'oeuvre de sa vie ; les décorations intérieures et extérieures de l'Eglise Saint Serge. Il m'a été donné d'y participer activement, et j'aimerais y revenir plus en détail.

Si ma mémoire est bonne, deux mois après l'achat de l'Eglise Saint-Serge aux enchères au Palais de Justice, les 5-18 juillet 1924, la question de la décoration intérieure et de la peinture de l'iconostase par un iconographe compétent s'est posée. Par hasard, en devisant avec mon  oncle Nicolas Victorovitch Gagarine, grand connaisseur dans le domaine de l'art aujourd'hui défunt, j'appris que Dimitri Stelletsky, habitant à Cannes, était le seul à même de mener à bien un projet si ambitieux. Selon mon oncle, personne d'autre que lui ne pouvait convenir à un tel projet. Je ne le connaissais pas et décidais de lui écrire pour lui demander comment il réagirait à une proposition officielle. J'ai joint à ma lettre trois photos allemandes de l'église (qui fut un temple protestant avant 1914), que j'avais trouvées dans le grenier de Saint-Serge, elle représentaient l'église de l'extérieur mais également l'intérieur avec des enfants allemands autour d'un sapin de Noël et le portrait de l'empereur Wilhelm dans l'abside du temple. Je voulais donner à Dimitri Stelletsky une idée du travail à accomplir. Cinq ou six jours plus tard je recevais un paquet et une lettre enthousiaste de D.S. Il acceptait de prendre en charge la décoration de l'église sans conditions et totalement gratuitement. Dans le paquet il avait joint des esquisses de l'iconostase et de la décoration des murs intérieurs de l'église faites d'après les photos allemandes, il y avait aussi une esquisse de l'extérieur du bâtiment à l'aspect "orthodoxisé" ("оправославленный вид") comme il l'écrivait lui-même.

Dimitri Stelletsky s'est révélé dans cet enthousiasme, cette volonté de se donner tout entier et gratuitement à ce travail au profit de l'Eglise.... Mais combien de difficultés restaient à vaincre jusqu'à ce qu'il fut officiellement invité à effectuer ce travail de façon officielle!

La question de la décoration de l'église Saint-Serge était de plus en plus débattue. De nombreux membres de notre "Comité pour la construction de Saint-Serge" avaient leurs propres candidats. Finalement un concours officiel pour la peinture de l'iconostase et des murs intérieurs fut ouvert. Dimitri Stelletsky a failli compromettre ses chances de concourir par le refus catégorique d'envoyer un projet. Il estimait m'avoir envoyé l'essentiel de son projet (mais ce n'était qu'une esquisse, faite à grands traits). Il refusa d'envoyer un projet détaillé, affirmant qu'en tant qu'artiste il savait ce qu'il avait à faire, ou bien on lui faisait confiance ou il se retirait du projet. Les autres candidats et en particulier le Prince M.C Poutiatine avaient présenté un projet très détaillé de l'iconostase. Le projet du prince Poutiatine plaisait à beaucoup et le ton brusque de la réponse de D. Stelletsky avait heurté les membres de notre Comité qui ne le connaissaient pas.

L'obstacle majeur pour une prise de décision définitive était l'absence de moyens financiers et cela, curieusement, favorisa la candidature de D.S. J'avais appris que la grande duchesse Maria Pavlovna possédait une émeraude précieuse qu'elle tenait de sa défunte tante, la grande duchesse Elisaveta Fédorovna qui voulait que cette pierre soit utilisée pour décorer une église. Lorsque je demandais à la grande duchesse de nous offrir la pierre pour notre église elle n'accepta qu'à la condition que le peintre choisi soit Dimitri Stelletsky et personne d'autre. Si cette condition était remplie, elle acceptait de présider le Comité artistique chargé de collecter les fonds pour les travaux futurs. Finalement notre Comité confirma la candidature de Stelletsky et la grande duchesse commença la collecte qui rapporta en deux ans plus de 400 000 francs. D.S arriva à Paris, s'installa à Saint-Serge et commença à travailler. Sur la face interne  des portes nord figure une inscription manuscrite de Stelletsky -" J'ai commencé à peindre l'église le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927 - Dimitri Semenovitch Stelletsky"

Cette rapidité d'exécution pour un si vaste chantier artistique caractérise une fois de plus l'immense talent du peintre. Il travaille sans la moindre hésitation, ayant par avance dans sa tête la globalité de la composition dans ses moindres détails. Je me souviens avec quelle virtuosité et rapidité (dix jours), toutes les planches blanches de l'iconostase, enduites de livkas (apprêt), préparées selon ses plans, furent dessinées par lui au fusain noir. Les contours des saints étaint précis et les aides de D.S (ils étaient entre deux et trois) n'avaient plus qu'à passer les contours à la pointe. Et je ne parte pas des peintures du plafond, des anges et des représentations symboliques des Evangélistes! Stelletsky avait les exactes mesures de la partie à dessiner, D.S étalait par terre du  papier à la taille correspondante, fixait un fusain sut un bâton et traçait les dessins avec d'une main sûre et ferme les représentations souhaitées. Les aides du peintres n'avaient plus qu'à découper les silhouettes, à monter les patrons jusqu'au plafond et à les peindre selon les indication de Stelletsky qui contrôlait d'en bas leur travail. La fidéle collaboratrice de Stelletky, la princesse Elena Lvova, avec son imense talent peignait les visages des saints sur toutes les icônes, D.S ne terminait jamais ce travail lui faisant entièrement confiance pour cette tâche. (Верная сотрудница Д.С по росписи храма княжна Елена Львова со свойственным ей талантом выписывала все лики святых на всех иконах, которые сам Стеллецкий никогда не дописывал, всецело доверяя эту работу ей.)

Comme Stelletky aimait notre église! Combien de fois par la suite il venait à Paris pour admirer son travail qui maintenant avait acquis une notoriété mondiale. Durant les deux dernières années de sa vie passées dans la Maison russe, il répondait par un refus catégorique à mes multiples propositions de nous rendre à Saint-Serge. Il disait qu'il ne voyait rien et qu'il ne pourrait que pleurer.

Maintenant qu'il n'est plus, nous tous, ses amis, nous nous sentons seuls et orphelins. Nous sommes réconforté à l'idée que Dieu a eu pitié de son serviteur Dimitri, qu'il a mis fin a ses souffrances et l'a récompensé pour sa foi pure et enfantine et son service passionné et désinterressé de l'Eglise orthodoxe.

Mémoire éternelle !

 

Michel Mikhailovitch Ossorguine Paris les 3-16 mars 1947

Traduction (approximative) du russe :  AE

Source en langue russe : Преподобный Сергий в Париже, история парижского свято-сергиевского православного богословского института Росток Санкт-Петербург 2010
Ответственный редактор протопресвитер Борис Бобринский.

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23:33 Publié dans ACER (Action Chretienne des Etudiants Russes), Orthodoxie,théologiens,, Stelletsky Dimitri | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : stelletsky

Commentaires

bravo

Écrit par : hofmann Andrei | 23 juillet 2012

Dimitri Stelletsky a-t-il des relations de travail ou d'amitié avec ces deux autres grands iconographes que furent le père Grégoire Krug et Léonide Ouspensky ?

Écrit par : Gabriel Matzneff | 23 juillet 2012

Bonjour,
Le père Grégoire Krug et Ouspensky furent amis toute leur vie durant à partir des années 30, ils eurent même un atelier en commun après la guerre. Stelletsky n'a pas travaillé avec eux et, à ma connaissance, n'avait pas de contact particulier avec eux (Je peux bien sûr me tromper et j'invite les lecteurs à me corriger!)
A.E

Écrit par : Eltchaninoff Alexandre | 23 juillet 2012

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